Le blog de Rina Sherman depuis les boulins du sept

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La salle des pas perdus

20090210

J'ai quitté le Sept / I have left the 7th Arrondissement

J'ai quitté le Sept ; ce blog n'est plus mis à jour, mais je le maintiens pour garder les informations et références disponibles pour tous. Pour voir la suite, visitez : http://www.rinasherman.com

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20070815

"L'intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux"

Par Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure

LE MONDE | 14.07.07 | 12h05 • Mis à jour le 14.07.07 | 14h34

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?

Comme la véritable fin de la forme française de l'après-guerre : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c'est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l'idée prudente est qu'il vaut mieux ne rien faire. L'élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n'étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l'extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national.

Hormis les antiques maximes de la réaction "C'est très bien d'être riche" et "Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent", le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s'ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour "s'occuper" des affaires de ces gens-là ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n'a pas été l'élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l'intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l'Etat et enterré l'"exception française". D'où la déconfiture totale de la gauche et de l'extrême gauche, cramponnées au consensus d'après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d'être désormais des réactionnaires classiques "sans hésitation ni murmure", comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l'adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l'après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l'intellectuel de gauche. Nous allons assister - ce à quoi j'aspire - à la mort de l'intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

Vous êtes, depuis la parution de Circonstance, 3. Portées du mot "juif" (Lignes, 2005), au coeur d'une polémique intellectuelle à propos de vos positions sur Israël que certains pensent favorables à sa disparition. Qu'en pensez-vous ?

Je crois que cette polémique, si on la prend à son niveau le plus consistant et le plus élevé, tourne autour de la question de l'universel. Quel est le rapport entre le mot "juif" dans toute son extension, sa résonance historique et intellectuelle, et l'universalité émancipatrice ? L'universalisme subit une attaque de droite qui maintient qu'il faut revenir aux nations, aux traditions, à la religion, à la morale des familles, etc. Mais il doit compter aussi avec une attaque de gauche qui soutient que l'universalisme abstrait a toujours été une forme d'impérialisme intellectuel et qui pense que les identités sexuelles, raciales ou communautaires doivent être défendues. Contre quoi ? Eh bien, finalement, contre l'abstraction du marché. Dans ce débat, j'estime occuper une position médiane, même si j'ai la dent dure. Je m'oppose à la défense traditionaliste des identités morales, nationales ou religieuses, mais aussi à la défense moderniste qui prétend faire des identités le coeur de l'opposition politique au capitalisme mondialisé. Tel est le contexte dans lequel j'aborde la question du mot "juif".

Pourquoi réduisez-vous la question à un mot ? N'est-ce pas une réalité ?

Bien sûr ! "Français" aussi... Mais "être français" ne m'empêche pas d'être d'origine africaine, ou aristocrate héréditaire, ou à moitié allemand, ayant telle ou telle idée de mon pays, héritier de la Révolution française ou au contraire fétichiste d'un terroir... Sous le mot, de valeur variable, on trouve une multiplicité infinie. Je polémique contre ceux qui disent que "juif" est un nom, et non pas un mot, c'est-à-dire ceux qui soutiennent que le mode de rassemblement que ce nom forme est unifié et absolument irréductible à tout autre. A mon avis, cela n'est soutenable que si intervient la transcendance divine. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on peut soutenir que "juif" est un nom, parce qu'il s'inscrit dans l'espace d'une élection : "juif" est le nom de l'Alliance. Je soutiens, comme le fait de façon cohérente Levinas, qu'il n'est pas possible de maintenir cette exception nominale sans l'appui de la religion.

Ma cible n'est en réalité ni le sionisme, ni l'existence de l'Etat d'Israël, ni même un certain type de relation entre l'identitaire et l'Etat. Je critique une instrumentation idéologique du mot "juif" dans la polémique intellectuelle, spécialement en France, à des fins que je crois liées à la vague réactionnaire dans laquelle nous sommes plongés depuis près de trente ans. Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l'universel, devenir l'emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines. Je constate, avec une vraie douleur, que toutes sortes de gens dont j'ai été proche, parfois de chers amis, qui vers 1970 gravitaient autour du maoïsme révolutionnaire, ont pratiqué peu à peu la référence au mot "juif" et à l'Etat d'Israël comme un support pour quelque chose de politiquement et d'intellectuellement plus vaste, que l'on peut appeler la réinsertion dans l'Occident. Par "Occident", je veux dire l'ensemble des pays développés et "démocratiques", leur puissance et leur mode de vie jugé supérieur. Le traumatisme inouï qu'a été l'extermination des juifs d'Europe dans les chambres à gaz du nazisme rend cette instrumentation redoutable, parce qu'elle sidère la pensée, l'immobilise dans une mémoire conservatrice.

On vous accuse de vous attaquer à la mémoire de la Shoah, ou du moins à ses usages. Est-ce parce qu'elle a servi l'itinéraire que vous dénoncez ?

Je pense que la promotion des massacres et des victimes comme seuls contenus intéressants de l'Histoire est liée à un processus profond de dépolitisation. Examiner toutes les situations exclusivement à travers des catégories morales conduit à l'impuissance politique. D'autre part, je ne pense pas que la mémoire soit une bonne catégorie si l'on désire la non-répétition des désastres, parce que cette non-répétition suppose un jugement rationnellement constitué sur ce qui s'est passé. Une mémoire émotive fondée sur l'horreur et ses images est en réalité ambivalente. Distinguer entre ce qui relève de l'émotion de répulsion et l'émotion de fascination est très difficile. Oui, je me méfie de la mémoire. Tout autant de la mémoire des atrocités coloniales ou du stalinisme que de la mémoire du nazisme. L'intelligence politique et historique doit universellement remplacer la douteuse mémoire, proie désignée des propagandes.

C'est en ce sens que vous suggérez dans Circonstances, 3 d'oublier l'Holocauste ?

Cette phrase, dont je veux rappeler qu'elle figure dans un entretien avec le journal israélien Haaretz, était, vous vous en doutez, d'une imprudence calculée : elle ne pouvait se comprendre que dans le contexte, traitant des conditions de possibilité d'un dialogue entre Palestiniens et Israéliens. La phrase suivante précise aussitôt qu'un tel oubli est évidemment impossible.

N'est-ce pas la mémoire de la Shoah qui conserve, au moins en Occident, sa légitimité à l'Etat d'Israël ?

Que les choses soient claires : je n'ai jamais pensé que le destin des Israéliens était d'être jetés à la mer. Je ne crois pas non plus que la question des frontières d'Israël soit au coeur du problème. De l'intérieur d'une situation assumée, autrement dit en déclarant que l'installation de centaines de milliers de juifs à cet endroit-là est irréversible, j'estime que l'idée régulatrice, pour le devenir de la région, ne peut être que la vie mêlée des Palestiniens et des Israéliens sur une même terre. J'ai toujours pensé que la formule d'"Etat juif" était une formule périlleuse. Aujourd'hui, les politiques émancipatrices veulent que les nationalités et les Etats ne soient pas exclusivement définis en termes identitaires ou raciaux. Au minimum : le droit du sol contre le droit du sang. Israël sera nécessairement pris dans ce devenir, où l'universel s'établit peu à peu là où régnait la particularité.

Cela vous paraît mettre en question la légitimité d'Israël comme Etat juif ?

Vous savez, j'ai certainement écrit des choses beaucoup plus violentes contre la France que contre l'Etat d'Israël ! Le sionisme peut être inscrit dans une dimension coloniale, mais aussi dans une dimension révolutionnaire. Il a combiné les deux aspects, c'est ce qui en fait un phénomène singulier. Que des gens qui se désignaient au sein des nations européennes comme une minorité particulière de caractère national - la minorité juive - aient voulu trouver un lieu où réaliser territorialement cette identité sous la forme d'un Etat est une réalité historique qui, comme toute autre réalité de ce genre, n'est ni légitime ni illégitime. Ce que je ne crois pas raisonnable, c'est que cette aventure soit mise en exception des aventures nationales du même ordre, voilà tout.

Alain Badiou est philosophe, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure


Propos recueillis par Nicolas Weill
Article paru dans l'édition du 15.07.07

20070809

Congrès pour le liberté de la culture

Stop Trying To 'Save' Africa

By Uzodinma Iweala
Washington Post, Sunday, July 15, 2007; Page B07

Last fall, shortly after I returned from Nigeria, I was accosted by a perky blond college student whose blue eyes seemed to match the "African" beads around her wrists.

"Save Darfur!" she shouted from behind a table covered with pamphlets urging students to TAKE ACTION NOW! STOP GENOCIDE IN DARFUR!



My aversion to college kids jumping onto fashionable social causes nearly caused me to walk on, but her next shout stopped me.

"Don't you want to help us save Africa?" she yelled.

It seems that these days, wracked by guilt at the humanitarian crisis it has created in the Middle East, the West has turned to Africa for redemption. Idealistic college students, celebrities such as Bob Geldof and politicians such as Tony Blair have all made bringing light to the dark continent their mission. They fly in for internships and fact-finding missions or to pick out children to adopt in much the same way my friends and I in New York take the subway to the pound to adopt stray dogs.

This is the West's new image of itself: a sexy, politically active generation whose preferred means of spreading the word are magazine spreads with celebrities pictured in the foreground, forlorn Africans in the back. Never mind that the stars sent to bring succor to the natives often are, willingly, as emaciated as those they want to help.

Perhaps most interesting is the language used to describe the Africa being saved. For example, the Keep a Child Alive/" I am African" ad campaign features portraits of primarily white, Western celebrities with painted "tribal markings" on their faces above "I AM AFRICAN" in bold letters. Below, smaller print says, "help us stop the dying."

Such campaigns, however well intentioned, promote the stereotype of Africa as a black hole of disease and death. News reports constantly focus on the continent's corrupt leaders, warlords, "tribal" conflicts, child laborers, and women disfigured by abuse and genital mutilation. These descriptions run under headlines like "Can Bono Save Africa?" or "Will Brangelina Save Africa?" The relationship between the West and Africa is no longer based on openly racist beliefs, but such articles are reminiscent of reports from the heyday of European colonialism, when missionaries were sent to Africa to introduce us to education, Jesus Christ and "civilization."

There is no African, myself included, who does not appreciate the help of the wider world, but we do question whether aid is genuine or given in the spirit of affirming one's cultural superiority. My mood is dampened every time I attend a benefit whose host runs through a litany of African disasters before presenting a (usually) wealthy, white person, who often proceeds to list the things he or she has done for the poor, starving Africans. Every time a well-meaning college student speaks of villagers dancing because they were so grateful for her help, I cringe. Every time a Hollywood director shoots a film about Africa that features a Western protagonist, I shake my head -- because Africans, real people though we may be, are used as props in the West's fantasy of itself. And not only do such depictions tend to ignore the West's prominent role in creating many of the unfortunate situations on the continent, they also ignore the incredible work Africans have done and continue to do to fix those problems.

Why do the media frequently refer to African countries as having been "granted independence from their colonial masters," as opposed to having fought and shed blood for their freedom? Why do Angelina Jolie and Bono receive overwhelming attention for their work in Africa while Nwankwo Kanu or Dikembe Mutombo, Africans both, are hardly ever mentioned? How is it that a former mid-level U.S. diplomat receives more attention for his cowboy antics in Sudan than do the numerous African Union countries that have sent food and troops and spent countless hours trying to negotiate a settlement among all parties in that crisis?

Two years ago I worked in a camp for internally displaced people in Nigeria, survivors of an uprising that killed about 1,000 people and displaced 200,000. True to form, the Western media reported on the violence but not on the humanitarian work the state and local governments -- without much international help -- did for the survivors. Social workers spent their time and in many cases their own salaries to care for their compatriots. These are the people saving Africa, and others like them across the continent get no credit for their work.

Last month the Group of Eight industrialized nations and a host of celebrities met in Germany to discuss, among other things, how to save Africa. Before the next such summit, I hope people will realize Africa doesn't want to be saved. Africa wants the world to acknowledge that through fair partnerships with other members of the global community, weLink ourselves are capable of unprecedented growth.

Uzodinma Iweala is the author of "Beasts of No Nation," a novel about child soldiers.


Traduction française dans LE MONDE | 28.07.07 | 13h49

Cessez de vouloir "sauver" l'Afrique !

20070715

Feel Good, Inc.

Nick Anderson, Cartoonist, Houston Chronicle

20070621

DIGBY REVEALED @ TAKE BACK AMERICA 2007


Glenn Greenwald
Wednesday June 20, 2007 09:56 EST
"Fringe liberal bloggers"

Excerpt: When establishment journalists speak of the liberal blogosphere, it is virtually an article of faith that it represents the "far left," that it is composed of the radical and fringe elements of liberalism. This week, the increasingly dishonest Fred Thompson castigated Harry Reid for participating on a conference call with bloggers from some of the largest liberal blogs by describing the participants as "fringe elements of the blogosphere who think we're the bad guys. This is a place where even those who think the 9/11 attacks were an inside job find a home." Read article.

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